Poèmes et textes d'élèves

Anarchie

Publié le vendredi 9 mai 2014 15:01 - Mis à jour le samedi 10 mai 2014 08:56

Le jet de sang (extrait)

                      Anarchie

 

LE JEUNE HOMME

Je t’aime et tout est beau.

LA JEUNE FILLE, avec un trémolo intensifié dans la voix.

Tu m’aimes et tout est beau.

LE JEUNE HOMME, sur un ton plus bas.

Je t’aime et tout est beau.

LA JEUNE FILLE, sur un ton encore plus bas que lui.

Tu m’aimes et tout est beau.

LE JEUNE HOMME, la quittant brusquement.

Je t’aime.

Un silence.

Mets-toi en face de moi.

LA JEUNE FILLE, même jeu, elle se met en face de lui.

Voilà.

LE JEUNE HOMME, sur un ton exalté, suraigu.

Je t’aime, je suis grand, je suis clair, je suis plein, je suis dense.

LA JEUNE FILLE, sur le même ton suraigu.

Nous nous aimons.

LE JEUNE HOMME

Nous sommes intenses. Ah que le monde est bien établi.

Un silence. On entend comme le bruit d’une
immense roue qui tourne et dégage du vent.
Un  ouragan les sépare en deux. A ce moment,
on voit deux astres qui s’entrechoquent et une
série de jambes de chair vivante qui tombent
avec des pieds, des mains, des chevelures,
des masques, des colonnades, des portiques,
des temples, des alambics, qui tombent, mais
de plus en plus lentement, comme s’ils tombaient
dans du vide, puis trois scorpions l’un après l’autre,
et enfin une grenouille, et un scarabée qui se dépose
avec une lenteur désespérante, une lenteur à vomir.

LE JEUNE HOMME, criant de toutes ses forces.

Le ciel este devenu fou.

Il regarde le ciel.

Sortons en courant.

Il pousse la jeune fille devant lui.

Et entre un Chevalier du Moyen Age avec une
armure énorme, et suivi d’une nourrice qui tient sa
poitrine à deux mains, et souffle à cause de ses seins
trop enflés....

                                          Antonin Artaud

 

Le royaume des cieux est peuplé d'assassins.

Si encore c'était amusant !

Les chevaliers étaient à leurs postes

Je vis cette jeune fille, que j'aime et qui m'aime

Le spectacle était épouvantable

On découvre un cerveau avec des fourmis rouges

Une femme dénudée, pendant à sa poitrine des mouchoirs de papiers sanglants.

Elle craint l'éclat du soleil

Elle écoute les voyageurs dont les mains étaient ornées de cervelets de souris

Un scarabée vomit sur les mains et les chevelures des dames

De plus en plus lentement

Pris d'un malaise en pleine ascension vers des alambics

Qui tombent vers le ciel fou

Il s'en moque

La rougeur des crépuscules ne peut effrayer que les mortels

Les poissons volants respirent l'air enfumé

Des corps composés de cornes d'escargots

Des langues d'animaux asséchées par la chaleurs des morts

La fille que j'aime a disparu

Elle est peut-être attachée aux arbres découpés par le soleil

L'atmosphère nous effraie

Nous ne pouvons même plus penser

Les paroles s'échappent de nos bouches

Elles courent se réfugier parmi les coquillages

Morts depuis cent ans

De jolies algues échouées

Il y en a de toutes les couleurs

Elles aussi sont mortes

Désespérément.

On ne voit plus à deux pas devant soi

Il va falloir se mettre à l'abri.

                                                   Maeva Suin

 

 

Pièces jointes
Aucune pièce jointe